20 mars 2008

L'euthanasie dans mon dernier livre

1120427780.jpgDes affaires médiatiques concernant l’euthanasie, nous en avons connu. Aucune n’a cessé d’émouvoir le public. Aucune n’a démenti ces chiffres flagrants qui présentent toujours plus de 80% des Français comme étant favorables à l’euthanasie. Des sondages qui se suivent et se ressemblent tous. Des sondages, qui avec une telle approbation, ne peuvent être démentis par les plus hautes instances de l’Etat. Concernant l’euthanasie, j’avais cru même pouvoir faire confiance à Nicolas Sarkozy qui aurait prononcé cette phrase lors de sa campagne pour les élections présidentielles… propos retranscrits dans le livre (roman ?) de Yasmina Reza, « L’aube le soir ou la nuit » : « Il dit, moi je suis tenté de l’ouvrir un peu sur l’euthanasie. Il y a quand même un moment où il faut dire qu’il y a des limites à la souffrance. La vie ça appartient pas à celui qui regarde à côté du lit. La vie ça appartient à celui qui souffre ». En écrivant cette phrase, je me remets à y croire, à espérer… mais non, la droite a toujours été trop frileuse sur cette question. Elle y a toujours vu un assassinat, une décadence au même titre d’ailleurs que la majorité à 18 ans, que l’IVG, que le droit de vote des femmes. Et Nicolas Sarkozy n’y pourra rien. Il a su changer la droite mais pas ceux qui la composent.

Pourtant, il serait enfin temps d’avoir ce nécessaire débat sur la fin de vie. Je sais aussi qu’il n’apparaît pas si primordial pour beaucoup de jeunes. Moi-même, je ne m’y intéressais guère avant de découvrir un jeune homme. Un jeune homme comme moi, presque le même âge, la même envie folle de bouffer la vie, le même rêve de jeunesse. Il s’appelait Vincent et je ne connaissais que sa lettre adressée à Jacques Chirac. Sa lettre envoyée au Président de la République avec cette sublime demande : « Vous avez le droit de grâce. Je vous demande le droit de mourir ». Sublime et intolérable. Sublime et belle à vomir. Ce jeune garçon, ce beau garçon, devenu tétraplégique à la suite d’un accident de voiture, ne voulait plus survivre. Ce qu’il voulait, c’était ne plus souffrir, ne plus devoir dépendre de tout le monde, et en premier lieu de sa mère, ne plus devoir attendre que la mort vienne le cueillir. Non, il voulait la devancer cette mort. Car pour lui, il était déjà mort depuis longtemps. Toute son histoire m’a bouleversé. Tout ce qu’il a enduré m’a touché au plus profond de mon cœur. Je l’ai connu à travers sa si courageuse maman. Je l’ai rencontré à travers les paroles de Marie. Marie si douce. Marie si belle maman. Elle est une femme d’exception. Le mot est même peut-être trop faible. Elle a eu une force incroyable. Celle d’aimer son fils au-delà de ce qui semblait être la raison. Au-delà de la plus terrible des demandes. Elle l’a fait vivre au-delà de la mort. Elle l’a soulagé, elle l’a guéri de ce mal qui le paralysait. Marie, seule à une fenêtre, partageant une cigarette avec moi. Marie dans son plus beau rôle : celle d’incarnation du souvenir. C’est l’image de ma vie. C’est l’image que je garde pour me motiver dans ce combat pour une mort douce. C’est l’image que je voudrais voir dans les yeux de toutes celles et tous ceux qui ont compris que notre dernière liberté résidait dans le fait d’entrer dans la mort les yeux ouverts. Vincent, cela aurait pu être moi. Cela aurait pu être vous, votre fils, votre frère, votre neveu, votre meilleur ami, l’homme de votre vie. Des Vincent, il y en a des milliers. Pour eux, nous devons convaincre, nous devons secouer, nous devons nous battre au-delà de toutes nos forces.

La société a profondément changé. Aujourd’hui, les nouvelles technologies nous envahissent et nous devons sans cesse nous plier à les apprivoiser pour mieux savoir les utiliser. De nouvelles donnes qui permettent parfois de soulager, de mieux traiter, de guérir même. Des nouveautés souvent présentes en médecine. Face à cela, nous vivons plus longtemps, nous pouvons sortir vivants d’état qui ne nous laissaient pourtant que peu de chances. Nous avons nos artifices, nos machines pour mieux se sentir. Et notre choix dans tout cela ? Si souvent ignoré. Parfois trop bafoué. Imaginez bien que de nos jours vous vieillissiez mieux qu’avant. Imaginez bien quand dans le même temps, la mort ne vous cueille plus dans votre lit, entouré de vos proches. Nous le savons tous. La mort, on l’attend maintenant dans un lit d’hôpital, branché à des engins qui ne font que repousser l’échéance, qui n’empêchent pas de voir un physique se dégrader, une souffrance totalement atténuée. La mort, nous la voyons arriver dans une pièce sinistre, trop souvent loin de ceux que nous aimons. C’est un fait que l’on ne peut désavouer : si nos aînés mourraient à plus de 75% chez eux, nous sommes le même nombre à mourir aujourd’hui dans la froideur de ces chambres d’hôpitaux.

Pourtant, loin de moi l’idée de rejeter le travail formidable fourni par les médecins, les infirmières, les aides soignants. Je ne veux pas critiquer ces gestes qui apaisent mais n’ont pas toujours le but souhaité. Vous l’avez sûrement remarqué au cours de ce livre, je ne prône jamais rien sans réfléchir aussi à ceux qui y sont contre. Même si je ne partage pas leurs idées, je les respecte. Et même si nous ne sommes pas d’accord sur le fond, je ne peux les oublier et vouloir imposer quelque chose sans écouter et noter ce qui  conforte dans l’idée que nous faisons une erreur. Sur ce sujet de l’euthanasie, je resterai le même. Nous pouvons refuser ce droit de mourir dans la dignité pour des raisons religieuses, philosophiques, personnelles. Nous pouvons vouloir attendre vraiment le moment venu, même s’il faut souffrir, même s’il faut pleurer, même si se battre est trop difficile. Je respecte cela et je le trouve courageux. Mais dans le même temps, nous devons aussi avoir le choix, la possibilité de décider quand nous voulons partir, quand l’acharnement doit s’arrêter, quand survivre ne nous intéresse plus. Je vous parlais plus haut du cas de Vincent Humbert. Vous êtes nombreux à penser que c’est terrible à cet âge là. Mais vous doutez-vous de la fin de vie de nos personnes âgées, de nos grands-parents peut-être ? Vous doutez-vous de l’atrocité vécue parfois par un acte final que l’on appelle le suicide ? Car la réalité est encore là, frappante et totalement insupportable. Nous connaissons tous ce chiffre effarant qui établit à 12 le nombre de suicides pour 100 000 habitants chez les 15-24 ans. Mais sait-on aussi les chiffres pour nos aînés ? Selon une étude publiée au printemps dernier par le ministère de la Santé , le taux de suicide chez les hommes de 84 ans et plus est dix plus élevé que chez les 15-24 ans. Pire encore, la Direction de la recherches, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), en charge de cette étude, souligne que le taux de mortalité par suicide est en augmentation permanente à partir de 64 ans et ce jusqu’aux âges les plus élevés pour s’établir à 60 suicides pour 100 000 hommes de 75 à 84 ans et de 124 pour ceux de 85 ans et plus. Chez les femmes, les mêmes constations sont effectuées avec toutefois un chiffre beaucoup plus modéré pour les 85 ans et plus. Cette réalité nous devons la traiter avec la plus grande attention car si chez les jeunes, le suicide ne représente pas souvent un acte pour atténuer les souffrances d’une maladie, nous ne pouvons hélas pas tenir le même raisonnement pour les personnes âgées. Car à cet âge là, la maladie est souvent présente avec ses souffrances, ses contraintes, ses désespoirs. Et l’impensable se produit. Tous âges confondus, le suicide se fait le plus fréquemment par pendaison (45%), par l’utilisation d’une arme à feu (16,5%) et par l’intoxication (15%). Je ne dis évidemment pas que ces seuls chiffres doivent nous conduire à légiférer sur l’euthanasie mais ils doivent nous permettre de réfléchir, de statuer, de comprendre ce qui se passe.

Enfin, les affaires médiatiques se succèdent. Celle de Vincent Humbert bien sûr, mais aussi celle de Paulette Druais et plus récemment de Maïa Simon. Cette dernière, comédienne française de renom, a préféré partir en Suisse pour exécuter son dernier voyage. Elle s’est confiée avant cela à un journaliste de RTL pour expliquer son choix, pour dire ses souffrances, pour laisser un témoignage émouvant à ceux qui restent et qui malheureusement font la sourde oreille. Une association se bat pour faire entendre cette voix. L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), présidée aujourd’hui par Jean-Luc Romero et ayant comme président d’honneur Gérard Payen, rassemble aujourd’hui plus de 40 000 adhérents. Un chiffre qui évoque sans en rajouter le besoin des Français d’en savoir plus sur ce sujet. Je les rejoins dans ce combat de chaque instant car même la justice s’y perd, car même la justice ne condamne pas car elle connaît le prix à payer si elle le faisait.

Nous devons aujourd’hui légiférer sur cette question car soit la justice condamne les médecins rendus coupable de l’acte d’avoir aider à mourir les patients, soit on change la loi. La justice ne peut plus se retrouver dans ce bordel sans nom. Il en va de ce fait d’une question démocratique. Nous devons le faire car la réalité est présente avec ces chiffres implacables… ces chiffres aussi sur l’euthanasie qui se pratique sur notre territoire (selon le professeur François Lemaire qui dirige le service de réanimation de l’hôpital Henri Mondor, l’euthanasie active représente 10% des décès). Nous devons le faire car le silence n’a plus droit de cité, car il faut encadrer cela, car on ne peut laisser une telle responsabilité à des médecins et à des familles, car enfin la mort à deux vitesses ne peut-être tolérable avec d’un côté ceux qui peuvent décider de leur fin de vie et de l’autre ceux qui sont des millions à ne pouvoir maîtriser leur mort.

Bien évidemment, tout cela doit être fait avec la plus grande précaution en inscrivant clairement ce qui doit être fait. Je pense particulièrement aux testaments de fin de vie qui refuserait tout acharnement thérapeutique et souhaiterait une mort douce. Un testament que chacun signerait si bon lui semble, s’il le désire. Nous pourrions aussi encadrer les conditions d’accès à l’euthanasie avec une règle simple qui stipulerait par exemple que la situation du patient ne peut apporter aucune amélioration de l’état de santé. Enfin, plusieurs médecins devraient se pencher sur le dossier du patient et sûrement de la volonté répétée de ce dernier. Dans le cas où le patient ne serait plus conscient, ce pouvoir reviendrait à un mandataire désigné dans le testament de vie. Si une telle loi venait à être mise en place, nous demanderions aussi que toutes les euthanasies soient enregistrées pour s’assurer que toutes les conditions ont bien été remplies, par s’assurer qu’un cadre protecteur entoure ceux qui l’ont pratiqué. Sur ce sujet, je n’invente rien. Ces propositions ont déjà répétées par l’ADMD entre autre. Il est nécessaire de se prononcer sur ce point qui représente notre dernière liberté en sachant vraiment créer le débat et en se montrant responsable du modernisme que nous appelons tous de nos vœux.

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